
Le téléthon et Victor Hugo
« Vous voulez le misérable secouru, je veux la misère supprimée » ! Ainsi s'exprime le héros de Victor Hugo dans son roman 93. Quelle magnifique phrase qui résume en quelques mots deux modèles de société diamétralement opposés.
La société capitaliste ultralibérale d'aujourd'hui, pour accumuler toujours plus de richesses pour une poignée d'hommes, pille la planète, détruit l'environnement, jette dans la misère et la famine des milliards d'êtres humains y compris chez nous, en France, puisque l'on atteint aujourd'hui le chiffre effarant de 10 millions de «travailleurs pauvres » (1 français sur 6). Elle génère individualisme, égoïsme, gloire du plus fort (le Winner !) contre le plus faible (le looser !), peur de «l'autre» et guerres. Cette société-là devant les dégâts insupportables qu'elle engendre, pense se racheter en aidant accessoirement les plus nécessiteux.
Les états et quelques «grands mécènes» subventionnent (parfois !) les associations caritatives, les soupes populaires, les hébergements d'urgence, les malades les plus atteints. Mais évidemment cela ne solutionne pas les problèmes et surtout, place ces hommes et ces femmes dans la situation particulièrement humiliante de devoir demander, tendre la sébile. Ces «grands de la Terre » ne veulent pas que le monde change, surtout pas pour remettre en cause leurs immenses privilèges. Pour les plus charitables d'entre eux ils acceptent seulement que « le misérable soit secouru ».
Pour ma part, j'ai choisi la seconde partie de la citation de Victor Hugo « je veux la misère supprimée ». Cela sous-entend que nous arrivions à mettre en place une société plus juste dans la répartition de ses richesses, dans l'accès à l'éducation et à la santé pour tous. Quand les chercheurs de notre pays ont créé le collectif « sauvons la recherche », ils oeuvrent pour orienter leur travail vers l'intérêt général et non celui de quelques grosses firmes. Celles-ci utilisent les chercheurs pour inventer puis déposer des brevets sources de profit, sur le marché international. L'exemple qui illustre le plus cette dérive c'est la quasi-absence de recherche pour éradiquer le paludisme qui tue 2 millions de personnes par an dans le monde. Seulement cette maladie ne touche quasiment que des pays pauvres aux malades insolvables, dans l'impossibilité d'acheter des médicaments aux firmes pharmaceutiques. Pas rentable !
Mais évidemment les plus démunis, les sans ressource, les sans logement, les handicapés, les malades, ne peuvent attendre la mise en place d'une nouvelle république sociale. La morale et la raison nous obligent à leur venir en aide. Il faut le faire, mais en disant à ceux qui aident et à ceux qui sont aidés :
la charité, la solidarité c'est incontournable dans la société d'aujourd'hui, mais prenez conscience que c'est le système économique actuel qui génère toutes ces insuffisances, toutes ces injustices, tous ces malheurs.
La collecte du téléthon va rassembler des fonds pour venir en aide aux malades, alors que dans le même temps Nicolas Sarkozy brade la recherche publique, ruine la sécurité sociale qui assurait pour tous, et par la solidarité nationale de tous, la gratuité des soins. J'avais l'an passé, en pleine crise financière, à l'occasion d'une manifestation du téléthon proposé que nous donnions à la recherche mondiale les milliards de milliards d'euros donnés aux banques et que, pour venir en aide à ces vénérables institutions financières, nous organisions ...un téléthon. Cette boutade illustre, oh combien, que notre société marche sur la tête.
Cependant et comme nous le faisons dans d'autres domaines, pour sortir de la loi du marché, des activités humaines productives, emparons-nous de la force de nos dons collectifs pour exiger des programmes de recherche vers le bien commun et non vers l'appropriation privée, source de toutes les dérives.
Aussi, ayant conscience des avancées mais aussi des limites des actions de solidarité, j'invite tous les Magnycois à faire oeuvre de générosité et de donner, de donner au mieux de leurs possibilités au téléthon. Je sais par avance, qu'au prorata de leurs ressources, ce sont encore les plus modestes qui donneront le plus.
« Il faut que la voix des hommes sans voix empêche les puissants de dormir. » Abbé Pierre
mise en ligne le 4 décembre 2009 - 14h00